La flânerie, ralentir, n’est pas une perte de temps, mais une ouverture
Lorsque ralentir sans mettre en retard l’agenda devient une anomalie, c’est le moment de s’arrêter. Que nous dirait ce visage en pierre qui a vu tant de passants pressés depuis des décennies ?

Ralentir et flâner dans notre quotidien
Il y a quelque chose de profondément humain à vouloir « faire ». Mais il y a aussi quelque chose de profondément humain à ne rien vouloir faire.
Je ne crois pas qu’il faille choisir entre les deux, mais au contraire, les associer, les fusionner. Ni trop, ni rien. Mais une collaboration naturelle qui permet le meilleur des deux, sans qu’aucun m’empiète sur l’autre.
Aujourd’hui notre quotidien est souvent un calendrier et une to-do list pleins de choses à accomplir. Rentrer chez soi après une journée de travail plonge beaucoup d’entre nous dans un autre agenda au moins aussi rempli. Les années passent, et n’arrivons plus à focaliser, à observer, à nous arrêter pour prendre le temps des choses. Tout simplement parce que l’on a oublié quelles sont ces choses et comment les redécouvrir.
Il y a des choses communes, des choses simples et quotidiennes qui méritent d’être regardées à nouveau, avec un point de vue neuf, comme celui d’un étranger qui visiterait notre vie. D’autres sont des choses à lire, à voir, à goûter, à apprécier. Parfois ces choses sont des lieux, des rues, des campagnes, que l’on connait par coeur, et que bien souvent l’on ne regarde plus depuis longtemps. Il m’est déjà arrivé d’être exaspérée par mon quotidien, mon travail ou une mauvaise journée, je suis envahie de colère ou d’un ennui profond, et me suis entendue dire « Je voudrais être ailleurs. Il n’y a rien d’intéressant. C’est terne et morne ! ». Et combien de fois aussi j’ai entendu dire à des amis étrangers « C’est extraordinaire là où tu habites. Quelle ville merveilleuse, quel quotidien magnifique tu as ! ».
Il y a des évènements sur lesquels on n’a malheureusement pas prise. Mais très souvent il s’agit du regard que l’on porte, et non pas la chose ou le lieu lui-même qui pose problème. Alors changeons de point de vue, en regardant autrement, plus consciemment, plus intensément ce que l’on trouve trop habituel, trop inintéressant.
Par exemple nous connaissons par cœur la rue où l’on habite. Mais jusqu’à quel point ?
On la parcourt tous les jours à pied, mais le cerveau nous en restitue un mélange plus complexe, fait de souvenirs, d’émotions et sensations, de notre état d’esprit, ainsi que des dernières choses vaguement regardées le jour même un peu inconsciemment. On plonge en mode automatique lorsqu’on fait les courses ou que l’on va à un rendez-vous. Même en pleine ville, on perd le réflexe de regarder autour de soi, de s’arrêter en pleine rue le sac de courses à la main, et de regarder, observer : Qui passe à côté, quelles conversations ont les gens, sourient-ils, a quelle vitesse marchent-ils, quelles sont les couleurs dominantes dans ce tronçon de rue, quels bruits et odeurs nous environnent… Ceci ajouté à l’attention portée à nos smartphones, le quotidien devient un espace de non-lieu, et de non-temps. Une sorte de zone sans intérêt, utilitaire.
Je te propose le challenge de saison à la fin de l’article : « Arrête-toi et raconte ce que tu as vu ». Si ça attise ta curiosité, partage tes résultats dans les commentaires pour que nous profitions tous de vos différentes expériences.
✋Tu pourrais passer directement à la fin de ce texte, mais, et si tu prenais de ton temps pour le lire jusqu’au bout ? Cela ne prendra qu’une minute de ton temps, mais tu n’auras pas scrollé.
Il y a quelque chose de profondément humain à ralentir. Mais cela est loin d’être considéré comme une activité à part entière. Oui, je parle bien d’une activité comme une autre, une pratique, un hobby en somme …
Regarde avec attention, quelques secondes au moins, cet autre visage de façade en pierre, que ressens-tu ? Que crois-tu qu’il te conseillerait s’il pouvait parler avec sa sagesse minérale ?

Conversation au café, habiter ses heures libres
Maintenant allons voir un petit groupe, dans ce café. Deux connaissances, tasses serrés dans les mains, parlent de leurs “hobbys” comme on égrène des trophées. Je me rapproche.
L’un explique qu’il joue de la guitare, plonge en mer dès qu’il peut, remplit ses week-ends au millimètre. Il rit en disant qu’il ne tient pas vingt minutes sur un canapé. Toujours entouré, toujours occupé. S’arrêter serait presque suspect.
La seconde parle course à pied, cinéma, engagement associatif. Ses soirées sont prises, ses week-ends aussi. Elle rend service, elle compte pour les autres. Elle avoue être fatiguée, et n’a pas vraiment de temps pour elle, mais au moins elle est utile. Avoir sa place, dit-elle, c’est ça l’essentiel, être indispensable au fond.
Puis la question tombe : « Et toi ? »
— Je ralentis. Je flâne.
Un silence. Un léger froncement de sourcils. Flâner ? Mais encore ? On me demande ce que je produis, ce que j’en retire. On s’inquiète presque : ne rien faire, n’est-ce pas gâcher son temps ? N’est-ce pas un peu paresseux ? Un peu égoïste ?
Je souris. Flâner n’a rien d’un vide. C’est une présence. Si je remplissais mes heures libres comme mes heures de travail, elles cesseraient d’être libres. Alors je marche sans objectif précis. J’explore un quartier voisin comme s’il s’agissait d’une ville étrangère. Je m’arrête sur un détail d’architecture, une conversation volée, une lumière sur un mur. J’écoute ce qui se passe dehors pour apaiser ce qui s’agite dedans.
Peu à peu, le réflexe de combler chaque creux disparaît. L’esprit se décrispe. La créativité s’invite sans qu’on l’ait convoquée. Des idées émergent, non pas parce que je les ai forcées, mais parce que je leur ai laissé de la place. Flâner, c’est sortir du mode automatique. C’est accepter l’imprévu, apprécier la solitude sans la fuir, ajuster sa vie à ses propres valeurs plutôt qu’au rythme ambiant. C’est aussi changer de regard.
Cela n’empêche aucunement de pratiquer des activités comme la musique, le sport ou toute autre passion. Ralentir, c’est une façon de voir le monde qui nous entoure de façon différente, qui incite à s’arrêter, à observer le quotidien autrement, avec curiosité et d’apprendre à l’apprécier. J’aime flâner et ralentir pour me ressourcer. Mais ces moments peuvent s’adapter à chaque contexte, à chacun.
Quand on me demande mon hobby, je cite : « ressentir la vie ». Pas l’optimiser. Pas la rentabiliser. La ressentir. Savourer même les moments neutres, ceux que personne ne poste, ceux qui ne brillent pas mais qui apaisent.
À ce moment-là, une voix derrière moi intervient. Quelqu’un qui écoutait sans se montrer. Elle dit qu’elle comprend. Elle aussi pratique cette lenteur volontaire, cette attention au monde ordinaire qui devient, paradoxalement, un voyage intérieur. Elle a un travail, une famille, des obligations, rien d’extraordinaire. Simplement, elle a choisi d’arrêter de scroller sa propre existence.
Le café était bon. Quittons la compagnie et éloignons-nous.
Mon expérience :
Je tenais à vous expliquer quelque chose.
J’ai moi aussi connu un parcours au rythme effréné, surtout professionnel, au point que le travail débordait sur ma vie privée. Il y a une dizaine d’années, je n’ai pas fait de burn-out, mais ait vécu une perte de sens soudaine qui m’a figée. Cette secousse m’a sortie de ma zone de confort et du mode automatique qui, année après année, aspirait mon énergie.
J’ai alors ralenti. En changeant de regard, j’ai redécouvert l’extraordinaire dans mon quotidien. J’ai apprivoisé la flânerie comme un accès à mon identité profonde, en toute liberté, appris à me nourrir du « ne rien faire », pour accueillir librement créativité et curiosité. J’ai apprécié le chemin de cette transformation. Elle a été progressive. On ne ralentit pas d’un coup. Les habitudes d’action constante sont une sorte d’addiction. Mais on a une sensation de sortir de la matrice, et de redécouvrir le monde. J’ai atteint une clarté mentale, et ne ressens plus cette grande fatigue qui embrouillait tout souvent, et démotivait.
J’ai retrouvé la joie simple d’observer une mauvaise herbe fleurie en allant faire des courses, d’en faire une photo rapprochée et m’en inspirer, de regarder un visage en pierre sur une façade, ressentir un lieu chargé d’histoire locale. Nous déconnecter, nous immerger dans les images d’une revue, lâcher prise et recevoir le soulagement de reposer régulièrement notre esprit.
J’y ai retrouvé ma curiosité, créativité, les idées qui fusent, de façon plus alignée. Je me suis laissée apprécier ces moments d’arrêt régénérant. On s’habitue à percevoir les petites choses simples que l’on fait tous les jours, parce qu’il y a toujours un petit détail qui change à chaque fois. Je me focalise sur ces variations, et cela devient ludique que de chercher les petits trésors lorsque le temps est gris et pluvieux, et que la journée a été difficile. Cela demande souvent un peu d’effort mental, mais j’y plonge à chaque fois avec plaisir, car ce jeu provoque un apaisement, de l’amusement.
Cela vaut aussi pour les personnes que l’on côtoie tous les jours. En parlant avec une collègue, elle me dit que parfois elle a l’impression que son compagnon et elle, au fil des ans, se voyaient comme « faisant partie des murs ». La Saint Valentin, leur permettait de se focaliser sur eux, l’espace d’une journée. Cet exemple est le noeud du problème. Car c’est chaque jour que l’on doit se focaliser sur de petites choses qui rendent le quotidien meilleur.
Je me suis souvenue de ma jeunesse, où je savais accueillir ces moments simples et les transformais en aventures ou en espaces d’inspiration et de créativité. Pourquoi perdre cet élan spontané plus tard ? Il n’y a pas de raison valable, juste un regard différent à porter pour tous ceux qui sentent en eux, qu’il y a autre chose à redécouvrir au fond.
J’ai ajusté des pans de ma vie pour les aligner avec mes besoins et valeurs. J’ai suivi avec confiance la direction ouverte par cette transition, que je continue d’adapter à mesure que j’évolue. Toujours active, mais autrement, j’ai changé de paradigme et gagné en sérénité. Me réapproprier le pouvoir du libre arbitre et du choix aligné, en-dehors des croyances sociales.
Cet espace Curiosis Flow :
J’ouvre cet espace CuriosisFlow pour partager avec vous mon expérience et mon univers qui explore tous ces thèmes et bien d’autres, comme le « ralentir », l’observation, la créativité, la curiosité, les sens, la spontanéité, s’amuser des petites choses simples, et bien d’autres sujets. Je parlerai aussi de la transformation que cela apporte, et de mes exemples.
Dans cet espace, je publierai tour à tour tous les mois, des articles, textes courts, citations spontanées, images, ou toute inspiration du moment.
Je vous partagerais régulièrement aussi, des retours et anecdotes de mes expériences de flâneries et découvertes de l’extraordinaire voyage dans le quotidien.
Profitez à fond des quelques challenges que je vous déposerai de temps en temps, pour explorer à votre tour. J’aurais grand plaisir à vous voir partager ressentis, anecdotes, et commentaires.
Je suis ouverte à toute suggestion sur des sujets qui pourraient vous intéresser dans cet univers. Cet espace est le vôtre et sentez-vous libres de partager vos problématiques ou vos vécus.
Enfin, je vous invite à vous laisser tenter par le Challenge ci-dessous :
Challenge « Arrête-toi et raconte ce que tu as vu » :
1- ARRETE-TOI 3 MN : dans la rue/voie où l’on habite pour regarder ce qui se passe (Inspire-toi des exemples de cet article), lors d’un déplacement quelque part, où en faisant les courses. Prends la décision dans l’instant. Ne réfléchis pas. À un moment où tu es en mode automatique, en faisant une course, réveille-toi et stoppe. ✋
2- OBSERVE : Qui passe à côté, quelles conversations ont les gens, sourient-ils, a quelle vitesse marchent-ils, quelles sont les couleurs dominantes dans ce tronçon de rue, quels bruits et odeurs t’environnent. Y a-t-il des détails d’architecture, une rosace, une belle porte. Un objet dans une vitrine ou livre dans une vitrine qui vous interpelle. Ou bien un détail de mobilier urbain, un espace végétalisé accueillant, une petite fleur dans une fissure, un graffiti incongru, une vitrine particulière, une ambiance qui t’inspire une émotion, une boite à livres, un véhicule particulier, une machine, des gens, un détail historique ou inhabituel, … Il n’y a de limite que vos croyances limitantes personnelles.
3- PARTAGE : Prends un élément qui t’interpelle et prévois de nous le raconter en commentaire. Je suis impatiente de vous lire et d’échanger sur votre arrêt en pleine rue. Tout support est bon, écrit, vidéo, photo. Fais-le pendant 3 jours d’affilée, au même endroit. Tu constateras, que ton observation du même lieu, à des moments différents, seront eux-aussi différents.
4- L’OBJECTIF : Il n’y a pas de bonne ou mauvaise anecdote à raconter. Le but c’est de s’être arrêté, et d’avoir fait l’effort de sortir du mode automatique. Tu auras extrait, d’une routine répétitive, quelque chose de nouveau. N’est-ce pas un premier pas pour ouvrir la porte de l’extraordinaire dans le quotidien ?
C’est à toi !




Quelle merveilleuse invitation !! Je m'en saisis et vais expérimenter ce "ressentir la vie", me permettre un ralentissement pour contempler davantage mon quotidien ! Merci pour ces mots et cette permission donnée à ne pas toujours chercher à "faire" !
Un flash, más bien dos, han surgido como un relámpago al leer tu texto: Giacometty, ( escultor 1901-1939) y su escultura “el hombre que camina” sin prisa pero sin pausa. También Antonio Machado (poeta 1875-1939) y su poema:
“Caminante, no hay camino,
Se hace camino al andar…
Ninguno de los dos hubiera empleado la palabra “scroller”, no existía! Pero podría ser una traducción de lo que ellos hacían pero sin apresurarse.
Tus fotos me han sorprendido, son muy buenas. He pasado tanto tiempo en mirarlas e intentar descifrarlas como en leer el texto.
Gracias por este momento