Une rencontre incongrue à Madrid
J’avais décidé de me promener dans les rues de Madrid une après-midi avec ma mère, sans me douter de la rencontre incongrue que nous allions faire peu après.
Le soleil nous encourageait à marcher sur le trottoir illuminé, le côté le plus chaud. Nous avions parcouru quelques rues, dans un quartier préservé, composé de maisons de ville entourées de cours et petits jardins étroits. Vestige d’un quartier plus ancien, encore en périphérie de la ville il y a quelques décennies.
Malheureusement, beaucoup d’îlots construits de ces mêmes styles de bâtisses subissent encore aujourd’hui une marche destructive lente mais persévérante pour y construire des immeubles neufs réalisés par des promoteurs.
Nous nous étions un peu éloignées du bruit nerveux et strident des larges artères, pour absorber un peu de ce calme qui nous incitait à ralentir. Nous lâchions prise…
Tous nos sens ouvraient leurs écoutilles, recommençaient à écouter le vent sur les branches des arbres aux pieds grillagés, entendaient quelques oiseaux échanger des messages cryptés, respiraient un air moins chargé en dioxyde de carbone et azote, touchaient une fleur qui se fane se désagréger dans nos doigts à travers la grille d’un jardin. C’était goûter au bonheur simple de nous être écartées du chemin habituel, juste à quelques rues du vacarme, de la banque, des primeurs et autres magasins familiers.
C’est à ce moment-là précisément,
lorsque nous avions baissé la garde,
que survint le merveilleux…
Penché bec au sol, un grand volatile picorait discrètement au pied d’un arbre. Il semblait cacher de merveilleuses couleurs sous un manteau brun, qui se confondait au premier abord avec l’ecorce de l’arbre. Je ne le vis pas tout de suite. Ce n’est qu’à 2 ou 3 mètres de l’arbre que je l’aperçus.
En nous sentant approcher, il se tourna vers nous et ouvrit ses plumes multicolores, en un éventail qui balaya en un instant toutes les réminiscences de mémoire de la ville où nous nous trouvions, de nos vies.
Seuls existaient cet être déphasé et nous, face à face. Le temps d’attraper mon téléphone pour le prendre en photo, il ferma son paravent irisé et nous regarda fier et noble. Il ne cherchait pas la gloire des tabloïds, ni briller de sa beauté dans les réseaux sociaux. Il nous avait juste salué avec toute la superbe dont il disposait.
D’un bleu profond, il nous montrait sa gorge duveteuse, et laissait deviner ses plumes irisées multicolores de verts, violets, bruns, blancs et noirs, se laissant dégrader vers les bleus aristocrates.
Comme n’importe quel passant, comme un simple badaud qui se promène dans la rue, il déambulait l’air décontracté sur le trottoir… nous le suivîmes jusqu’au trottoir d’en face.
Il rencontra un pigeon, discutèrent de quelque mondanité aviaires, puis il nous tourna le dos, continua son chemin et s’éloigna de nous.
Revenue de ma stupeur, je le suivis jusqu’à l’angle d’une autre rue. Ce paon citoyen, marchait d’un pas décidé, sans hésiter sur la direction à prendre. Il s’arrêta un moment pour remettre de l’ordre dans ses plumes devant la grille d’un jardin étroit, d’une de ces bâtisses singulières du quartier.
Il continua sa route jusqu’à s’arrêter près d’un artiste qui dessinait sur un carnet derrière un arbre. Ne voulant perturber leur conversation, ma mère et moi, sommes restés a distance raisonnable des deux amis.
Puis il poursuivit sa route. Nous le suivîmes encore un peu, jusqu’à ce qu’il déploie ses ailes, et s’envole sur un mur. A contre-jour, il nous semblait presque irréel, étai-ce une ombre, une hallucination ?
Puis il se retourna une dernière fois vers nous, depuis son haut piédestal, simplement, avec sa tête couronnée de pompons bleus, avant de disparaître de l’autre côté.
Je restai stupéfaite de cette rencontre. Il paraissait invraisemblable qu’un paon puisse se promener en pleine ville, comme ça, comme nous. Question de marcher un peu et faire de l’exercice. Quelle étrange rencontre.
Ma mère sourit. Et m’expliqua que ce paon avait d’autres compagnons de promenade dans le quartier, et que les habitants les avaient intégrés dans leur vie quotidienne, comme faisant partie de leur communauté. Ils ne sont pas sans domicile fixe, me dit-elle, ils vivent dans un lieu très beau et sont bien traités. Ils sont libres de flâner à leur gré dans les rues, de discuter avec qui ils le souhaitent, que ce soient pigeon, passant ou dessinateur urbain. ils semblent connaitre le code de la route, et n’ont pas d’accidents en ville. Je restai abasourdie, puis en voulus savoir plus.
Nous ne le vîmes plus ce jour là. Mais c’est à l’occasion d’une autre promenade que ma mère m’emmena les voir à nouveau. Je m’y suis retrouvée face à face avec lui et ses congénères, dans un parc un peu caché du quartier, le « Parque de la Fuente del Berro». Un petit parc merveilleux et rêveur dont je vous parlerai à une autre occasion, car il mérite que je vous y emmène.
Mais pour l’anecdote d’aujourd’hui, il me suffit de dire que ce paon habitait près d’un espace d’exposition d’art à l’intérieur du parc. Il n’y vivait pas seul d’ailleurs, près d’une demi douzaine de paons se prélassaient ou discutaient entre eux près de l’entrée.
Je m’approchais pour tenter de saluer celui que nous avions rencontré l’autre jour en pleine rue. Un groupe était assis dans l’herbe, un peu endormis sous le soleil doux et chaud. Ils montrèrent à mon égard un air faussement effarouché. Mais il était clair que je ne les intéressait pas et semblaient occupés à des tâches de paons, que seuls eux et peut-être quelques scientifiques spécialisés comprennent. Ils ne me donnèrent aucune information sur le paon que nous avions rencontré dans la rue l’autre jour.
Puis je le vis, c’était lui. Fier et noble, perché sur une balustrade ajourée en pierre, chez lui, entre les cèdres et arbres majestueux du parc. Je le saluai de loin, pour ne pas le déranger. Puis nous nous sommes enfoncées dans les allées vertes et accueillantes du parc.
J’appris plus tard que ces paons étaient aussi apparus dans quelques scènes d’une série espagnole sortie il y a 2 ou 3 ans. Le hasard m’avait fait rencontrer des comédiens, peut-être seulement des figurants, dans une rue, sans protocole. Mais quelle prestance, quel panache.
Je retournai une dernière fois dans cet espace artistique avant de partir de Madrid, mais ne les vis pas. Ils s’étaient probablement retirés dans leurs habitats quelque part dans le parc. A moins que certains aient préféré ce jour là retourner se promener dans les rues, voir si je m’y trouvais, peut-être ?
Au détour d’un trottoir, d’un arbre, ou d’un objet, en y regardant bien, en observant, on y découvre souvent une porte ouverte vers l’extraordinaire du quotidien…
Challenge : “Rencontre incongrue”
Et vous … Racontez-moi dans les commentaires, une rencontre incongrue que vous avez faite en vous promenant. cela peut être avec un animal, un objet ou une personne. mais cela nécessite, de faire. un effort de mémoire, pour que ce soit une rencontre qui ait étonnée, d’une façon ou d’une autre, à tel point, que vous en en aviez oublié ce que vous étiez venu faire là.
Racontez ce que vous avez vu, et écrivez comment vous vous êtes senti à ce moment-là, où vous vous êtes focalisé sur cet évènement, où vous avez lâché prise. N’avez-vous pas perdu la notion du temps qui passe ?















- [x] Si, yo también conozco esos hermosos pavos reales de Madrid.
- [ ] Si te interesa el cine, sabrás que son actores en una película de Pedro Almodovar. Creo que es su última película “La habitación de al lado”.
- [ ] Como no estoy segura, pregunto a Google y me dice:” son una imagen icónica de la película de P.Almodovar “Entre tinieblas” (1984)
- [ ] Quién tendrá razón?